« Drømkit » : Thomas Delfino et Stan Thuret dynamitent le film d’expédition en mode Black Mirror

DIRECTEt si l’humanité perdait la faculté d’imaginer et de rêver ? C’est le point de départ glaçant de Drømkit, une œuvre hybride signée par le snowboardeur Thomas Delfino et le skipper Stan Thuret. Délaissant le format classique du carnet de bord montagnard, le duo prend un virage artistique audacieux en insufflant la tension d’un épisode de Black Mirror au cœur du grand blanc, comme le relate le journaliste Ulysse Lefebvre dans un entretien captivant.

Loin de l’éternelle compilation de descentes engagées entre potes, le court-métrage projette quatre protagonistes dans une société aseptisée, filmée en noir et blanc à Bruxelles, où l’onirisme a été éradiqué. Pour retrouver l’étincelle primitive, l’équipage prend le large : trois semaines d’autonomie totale sous voiles à naviguer au ras des falaises scandinaves, rappelant les lignes mythiques où l’on vient skier du sommet à l’océan dans les Alpes de Lyngen. Entre manœuvres de pont givrées, couloirs vertigineux et crêtes balayées par les dépressions arctiques, l’expédition transcende la performance athlétique pour questionner notre rapport mécanique au monde.

Le film s’achève par un retour brutal dans les Alpes, refermant une parenthèse où le dénivelé et la glisse deviennent des outils de résistance existentielle. Soutenu par une partition musicale enveloppante, Drømkit marque une rupture stylistique salutaire : le matériel, les carres affûtées et la technicité des runs ne servent plus à nourrir l’ego du rider sur les réseaux, mais à bâtir une allégorie féroce de notre aliénation moderne.

Le Regard de L’ALPIN

Le cinéma de montagne étouffait sous la répétition de ses codes : du drone 4K, de la poudreuse immaculée et un storytelling sponsorisé standardisé. En hybridant fiction narrative d’anticipation et engagement brut mer-montagne, Delfino et Thuret prouvent que l’aventure moderne n’a de sens que si elle interroge nos imaginaires collectifs. Une claque visuelle et philosophique qui redéfinit l’art de l’échappée belle.

Face à la saturation des images d’exploits aseptisés, la fiction dystopique est-elle l’avenir du récit d’aventure en montagne ?

Consulter la source originale (Ulysse Lefebvre)