JO 2030 dans les Aravis : le grand dialogue de sourds entre organisateurs et montagnards

DIRECTDans les Aravis, le vernis de la concertation olympique s’effrite déjà. Alors que s’ouvrait à Thônes la toute première soirée des « Rencontres Alpes 2030 », censée apaiser les doutes et instaurer une écoute mutuelle avec les montagnards, le fossé n’a jamais paru aussi profond. Comme le relate avec précision le reportage sur le terrain d’Ulysse Lefebvre pour Alpine Mag, la salle Cœur des Vallées a été le théâtre d’un exercice de communication policé, incapable de répondre aux angoisses bien réelles des riverains.

D’un côté de l’estrade, les représentants du Cojop et de la Solideo ont déroulé sans surprise leur récit calibré : marketing territorial, vision d’ensemble, logos et notions abstraites d’« héritage ». De l’autre, un parterre de locaux venu chercher des garanties précises sur l’asphyxie des axes routiers, l’accès au logement permanent ou les retombées économiques réelles. Cette dissonance résonne directement avec ce que nous mettions en lumière dans notre dossier sur les zones d’ombre et la fronde savoyarde des JO 2030 : les décideurs appliquent une grille de lecture métropolitaine et verticale sur un massif sous haute tension environnementale et sociale.

Devant des rangs où les sourires de façade des officiels masquaient mal la pauvreté des réponses techniques, le malaise était palpable. Quand la vallée demande des garanties concrètes sur l’impact carbone des infrastructures, la mobilité lourde et le coût des chantiers pour les contribuables, la gouvernance des Jeux répond par des diapositives institutionnelles. À vouloir transformer un débat d’aménagement de la montagne en simple opération de relations publiques, l’organisation prend le risque de s’aliéner définitivement les habitants du territoire.

Le Regard de L’ALPIN

Ce premier rendez-vous manqué à Thônes matérialise l’impasse méthodologique de ces Jeux d’hiver express. Les vallées alpines ne sont plus les décors dociles des années 1960 ou 1992 : elles font face à des crises structurelles aiguës de logement, d’eau et de transition climatique. Si le Cojop persiste à confondre « concertation » et « évangélisation de marque », la fronde des massifs ne fera que durcir le relief d’ici 2030.

Peut-on encore instaurer un dialogue sincère sur l’avenir de nos sommets, ou la machine olympique est-elle condamnée à avancer en roue libre en ignorant les vallées ?

Consulter la source originale (Ulysse Lefebvre)