Grenoble : Laurence Ruffin veut rouvrir la montagne à la jeunesse des quartiers
DIRECT« Au bout de chaque rue, une montagne » : la formule historique de Stendhal résume l’horizon de la cuvette, mais elle occulte une ligne de crête sociale bien plus abrupte. Selon les déclarations accordées par la nouvelle édile grenobloise dans l’interview de Laurence Ruffin réalisée par Zoé Charef pour Alpine Mag, une proportion considérable de la jeunesse locale n’a jamais chaussé de souliers de marche ni gravi le moindre dénivelé en Belledonne ou en Chartreuse. Portée à la tête de la ville avec un projet articulé autour de la coopération et de la justice écologique, l’élue entend briser cette frontière invisible qui sépare les barres d’immeubles des parois alpines.
Le constat intervient dans un contexte tendu où la montagne ne se vide pas mais se gentrifie, repoussant l’accès aux cimes vers les franges les plus aisées de la population. Laurence Ruffin pointe notamment le manque criant d’équipements publics municipaux pour l’escalade, discipline pourtant reine sur les contreforts isérois, qui cantonne souvent la pratique à des structures privées coûteuses. Pour réamorcer la transmission de la culture montagnarde, la municipalité entend redonner un souffle puissant au dispositif « Jeunes en Montagne », avec la volonté d’offrir une immersion concrète en refuge et sur le calcaire aux adolescents éloignés des massifs.
Cette initiative réinterroge en profondeur le rôle de Grenoble comme camp de base alpin. Comment prétendre au titre de capitale des Alpes si l’apprentissage de la cordée, le sens de l’engagement physique et la lecture d’un itinéraire d’altitude demeurent inaccessibles aux premiers concernés ? Entre mobilités décarbonées pour atteindre les cols sans voiture et réhabilitation de structures d’initiation au cœur des quartiers, le chantier grenoblois pose les jalons d’un alpinisme qui refuse de s’enfermer dans l’entre-soi technique et financier.
Le Regard de L’ALPIN
Poser le diagnostic d’une jeunesse grenobloise coupée de ses propres massifs est un acte de réalisme salutaire pour un territoire trop souvent bercé par ses mythes d’aventuriers. Cependant, la reconquête des sommets par tous ne se décrète pas par de simples déclarations : elle exige des moyens sonnants et trébuchants, des conventions solides avec les compagnies de guides et les gardiens de refuge, ainsi qu’un maillage de transports publics efficace vers les départs de sentiers le week-end. La montagne partagée commence au pied des bus métropolitains.
Grenoble peut-elle véritablement démocratiser l’accès aux sommets ou la haute montagne est-elle condamnée à rester un sanctuaire réservé aux initiés ? Donnez-nous votre sentiment en commentaire.