Fernand Pareau : à 101 ans, le doyen de la Compagnie des guides de Chamonix incarne un siècle de cordées

DIRECTLe regard pétillant et la corde en bandoulière, Fernand Pareau prouve que la flamme de l’altitude ne s’éteint jamais. Le 15 août dernier, lors de la traditionnelle fête chamoniarde, le centenaire a pris place sur le parvis de l’église aux côtés de ses pairs, piolet sur l’épaule et sourire complice face aux générations montantes. Comme le révèle le vibrant portrait brossé par Sophie Cuenot pour Alpine Mag, ce Vosgien d’origine est aujourd’hui, du haut de ses 101 ans, le vénérable doyen de la plus prestigieuse confrérie montagnarde au monde.

Fait rare pour l’époque, ce natif du massif vosgien a su s’imposer dans le sérail très fermé du massif du Mont-Blanc. Au cours d’une carrière exemplaire de plus de soixante années au sommet, il a guidé des centaines d’alpinistes sur les arêtes effilées de granite et les séracs tourmentés. Mais son héritage dépasse largement les carnets de courses : témoin privilégié des transformations de sa vallée d’adoption, il a très tôt mis sa notoriété au service de la préservation environnementale, s’insurgeant contre l’urbanisation galopante et défendant les paysages sauvages face aux assauts d’un tourisme déraisonné. Une trajectoire qui résonne puissamment avec les origines de l’institution, immortalisées dans l’histoire fondatrice de la Compagnie des Guides de Chamonix.

Même si son dernier dénivelé technique remonte à une petite dizaine d’années, l’esprit de cordée demeure intact chez l’homme désormais installé en unité de soins de longue durée à Sallanches. Fernand Pareau incarne cette race de guides pour qui transmettre la sécurité en montagne relevait d’abord de l’humilité et de l’écoute du client, bien avant la performance brute du chronomètre ou la cotation technique.

Le Regard de L’ALPIN

Fernand Pareau est l’archétype du guide complet : un artisan du rocher devenu vigie écologique par amour viscéral de son terrain d’exercice. À une époque où le métier se trouve bousculé par l’instabilité du permafrost et les impératifs commerciaux, son parcours séculaire nous rappelle que la véritable grandeur d’un premier de cordée réside autant dans son devoir de protection du milieu que dans l’art de poser un piolet.

Alors que les glaciers chamoniards se réduisent à vue d’œil, quel enseignement les guides de la nouvelle génération doivent-ils puiser dans la longévité et la sagesse d’un pionnier comme Fernand Pareau ?

Consulter la source originale (Sophie Cuenot)