De la Grande Casse à la mer : le raid à skis loufoque et poignant de Fabien Maierhofer

DIRECTTransporter un glaçon prélevé sur les hauteurs de la Grande Casse jusqu’aux rivages de la Méditerranée : tel est le prétexte d’apparence absurde, mais éminemment poétique, de Presque seuls dans les Alpes. Dévoilé au High Five Festival et chroniqué par Jocelyn Chavy dans Alpine Mag, ce long métrage rassemble Fabien Maierhofer, Jérémy Prévost et le guide Xavier Cailhol dans une aventure au long cours reliant les névés de Savoie aux embruns de Villefranche-sur-Mer.

Cette expédition insolite – clin d’œil appuyé à une route du sel inversée pour ceux que Maierhofer qualifie affectueusement de « crétins des Alpes » – cache une réelle épreuve d’endurance alpine. Loin des superproductions aseptisées, le trio affronte la montagne dans sa vérité brute : transitions interminables à pied, neige croûtée, crêtes ventées et dénivelés massifs. Cet engagement total sur les reliefs du sud rappelle l’âpreté d’une traversée du Mercantour menée sans compromis, où chaque virage se mérite à la force des cuisses.

Au fil des étapes, la farce potache laisse percer une gravité inattendue. Le glaçon calfeutré dans la gourde isotherme devient le prétexte d’un hommage vibrant rendu à leur compagnon de cordée Nico Favre, tragiquement disparu. Entre éclats de rire au bivouac et silence des cols immaculés, le périple se transforme en une célébration sincère de l’amitié montagnarde, capable de transcender le deuil par l’action et la dérision.

Le Regard de L’ALPIN

Ce raid démontre avec brio qu’il n’est nul besoin de surjouer la dramaturgie pour capturer l’essence de l’alpinisme moderne. Maierhofer et ses acolytes dépoussièrent le film de ski en mariant autodérision et compétence technique irréprochable. Transporter un fragment de glacier vers la Grande Bleue symbolise à la fois l’éphémère de nos hivers et la force indestructible des liens tissés en altitude.

Le ski d’aventure doit-il nécessairement s’affranchir du sérieux pour toucher au cœur de l’expérience montagnarde ?

Consulter la source originale (Jocelyn Chavy)