Aux Arcs, les retenues collinaires peuvent-elles devenir des oasis de biodiversité ?

DIRECTLes retenues d’altitude peuvent-elles cesser d’être de simples réservoirs de stockage pour devenir de véritables zones humides fonctionnelles ? C’est le défi audacieux documenté par Zoé Charef dans son enquête pour Alpine Mag, qui met en lumière une expérience novatrice menée sur les hauteurs de la station savoyarde des Arcs.

Avec plus de 130 retenues collinaires disséminées dans les Alpes du Nord pour garantir la production de neige de culture, ces infrastructures ont longtemps constitué des pièges écologiques redoutables. Bâches synthétiques imperméables, berges abruptes et variations violentes de niveaux rendent l’installation de la flore et de la faune particulièrement périlleuse. Alors que la gestion de l’eau en montagne suscite des débats de plus en plus houleux sur l’impact des domaines skiables, l’écologue Benjamin Gerfand explore une troisième voie : l’écologie de la réconciliation. En modelant des pentes douces et en réintroduisant des végétaux indigènes spécifiques des zones humides d’altitude, l’objectif est d’offrir des niches viables pour les amphibiens, insectes aquatiques et passereaux.

Cette approche ne gomme pas l’empreinte initiale de ces excavations massives en alpage, mais elle force les exploitants à repenser la fin de vie et l’intégration de leurs équipements. Végétaliser les bordures permet de fixer le sol calcaire ou cristallin, de réduire l’érosion et de limiter l’effet de cuvette stérile. Reste un obstacle mécanique de taille : le marnage brutal à l’automne, lorsque des dizaines de milliers de mètres cubes d’eau sont pompés en quelques nuits froides pour alimenter les enneigeurs, asséchant brutalement les rives où la vie commençait à peine à s’enraciner.

Le Regard de L’ALPIN

Ne soyons pas dupes : habiller une retenue d’altitude d’un voile végétalisé ne compensera jamais l’artificialisation globale des alpages ni le coût énergétique de l’or blanc sous perfusion. En revanche, le pragmatisme impose d’agir sur l’existant. Si le terrassement d’une station peut être réorienté pour servir d’îlot biologique plutôt que de bassin stérile, le progrès technique et environnemental mérite d’être testé avec rigueur scientifique, sans complaisance ni verdissement de façade.

Ces aménagements de génie écologique suffiront-ils à pérenniser la vie sauvage face aux prélèvements massifs de l’hiver ?

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