Grandes Jorasses : François Damilano et Étienne Klein dévoilent les coulisses vertigineuses de « L’Esprit de cordée »
DIRECTC’est un dialogue au sommet entre la matière, le vide et la pensée. À travers les premières pages de leur ouvrage L’Esprit de cordée, dévoilées en exclusivité par nos confrères d’Alpine Mag, le guide de haute montagne François Damilano et le physicien et philosophe des sciences Étienne Klein nous plongent dans les prémices d’une aventure d’arête d’exception : la traversée intégrale des arêtes des Grandes Jorasses.
Départ à 4 heures du matin depuis le col du Géant, à 3 350 mètres d’altitude, sous un ciel constellé d’étoiles où scintillent au loin les orages d’été de la plaine du Pô. Le décor est posé avec cette intensité propre au massif du Mont-Blanc : le frottement des crampons sur le granit froid, le fracas lointain des chutes de pierres dans la nuit noire et le lien invisible, mais indéfectible, tissé par le brin de corde. Le duo s’engage sur les arêtes de Rochefort, antichambre tranchante et aérienne de l’une des plus grandes murailles alpines, chargée de légende depuis les conquêtes historiques immortalisées lors du duel des Grandes Jorasses en 1935.
Mais au-delà du pur engagement physique et de la logistique millimétrée qu’exige une telle arête, ce récit croisé fait dialoguer deux visions complémentaires de la verticalité. Tandis que Damilano lit le rocher avec l’instinct affûté de décennies de guidage et d’ouverture de voies extrêmes, Klein interroge la relativité du temps suspendu, l’apesanteur de la peur et la mécanique du mouvement face aux abîmes valdôtains. L’expérience vécue prend alors la forme d’une méditation active où chaque placement de pied engage l’existence de l’autre.
Le Regard de L’ALPIN
La traversée des arêtes de Rochefort jusqu’aux Grandes Jorasses demeure l’un des grands parcours d’arête classique les plus exigeants des Alpes occidentales en termes de rythme et de lucidité. Associer un guide d’envergure comme François Damilano à la précision analytique d’Étienne Klein rappelle que l’alpinisme n’est pas qu’une simple performance biomécanique ou une traque de cotations : c’est avant tout une école de conscience où le risque partagé forge une fraternité irremplaçable sur le fil du rasoir.
Dans un monde de plus en plus virtuel et aseptisé, la cordée en haute montagne reste-t-elle le dernier sanctuaire de la confiance absolue entre deux êtres humains ?