Exercice d'entraînement de secours en montagne

Entorse ou fracture en montagne : comment immobiliser sans matériel médical

Un mauvais appui sur une pierre instable, une cheville qui roule sur un sentier caillouteux, et voilà un compagnon de randonnée qui ne peut plus poser le pied, à deux heures de marche du parking le plus proche. Dans ce genre de situation, personne n’a d’attelle pneumatique dans son sac, et pourtant il faut agir vite et bien avant l’arrivée des secours, ou avant d’entamer une évacuation lente. Voici comment immobiliser correctement un membre blessé avec ce que l’on a réellement sous la main, sans matériel médical, en attendant une prise en charge professionnelle.

Entorse ou fracture : les signes qui doivent alerter

Sur le terrain, distinguer avec certitude une simple entorse d’une fracture est souvent impossible sans radiographie, et ce n’est de toute façon pas l’objectif prioritaire du secouriste occasionnel. Certains signes orientent tout de même vers la gravité : une déformation visible du membre, un angle anormal, un craquement entendu au moment de l’accident, une impossibilité totale de bouger l’articulation ou de poser le moindre appui, doivent faire suspecter une fracture plutôt qu’une simple entorse, même en l’absence de certitude absolue.

La règle de sécurité la plus simple à retenir, largement enseignée dans les formations de premiers secours, consiste à traiter systématiquement toute blessure douteuse comme une fracture potentielle plutôt que de minimiser par optimisme. Cette prudence ne change presque rien au geste d’immobilisation lui-même, identique dans les deux cas, mais elle évite l’erreur classique de laisser la victime forcer sur un membre qui aurait en réalité besoin d’un repos complet.

Le geste numéro un : ne jamais réaligner

Face à un membre visiblement déformé, l’instinct de vouloir le remettre en place avant d’immobiliser est une erreur fréquente et potentiellement dangereuse. Tenter de réaligner un os fracturé sans formation médicale spécifique risque d’aggraver la lésion, de léser un vaisseau sanguin ou un nerf proche de la fracture, et de transformer une fracture fermée en fracture ouverte si un fragment osseux vient percer la peau au moment de la manipulation.

La bonne pratique consiste à immobiliser le membre exactement dans la position où il se trouve au moment du bilan, aussi inconfortable que cette position puisse paraître, en la rembourrant simplement pour limiter la douleur et éviter tout mouvement supplémentaire. Ce principe, celui de l’immobilisation dans la position trouvée, reste la règle numéro un enseignée par la Croix-Rouge française et par l’ensemble des référentiels de secourisme de terrain.

Immobiliser un membre inférieur avec ce qu’on a sous la main

Pour une jambe ou une cheville, les bâtons de randonnée télescopiques offrent une attelle de fortune particulièrement efficace, à condition d’en disposer d’au moins deux, positionnés de part et d’autre du membre blessé sur toute sa longueur, du pied jusqu’au-dessus du genou pour une fracture de jambe. Un piolet, une branche solide ou même les armatures rigides d’un sac à dos démonté peuvent jouer le même rôle en l’absence de bâtons, l’important étant de choisir un support suffisamment long et rigide pour immobiliser les deux articulations situées de part et d’autre de la zone douloureuse.

Le rembourrage compte presque autant que la rigidité du support choisi : des vêtements roulés, une polaire, un bonnet ou une écharpe, placés entre le support rigide et la peau, évitent que l’attelle improvisée ne blesse davantage le membre pendant le transport. La fixation se fait ensuite avec ce qui est disponible, lacets, sangles de sac à dos, bandana, foulard, en veillant à ne jamais serrer trop fort au point de couper la circulation sanguine, un risque bien réel avec des liens improvisés moins précis qu’une véritable bande de contention.

Schéma historique illustrant l'immobilisation d'une jambe par attelle
Planche historique illustrant les principes de l’immobilisation d’un membre par attelle : rigidité du support et rembourrage restent les deux principes de base. Crédit : Wellcome Collection — Wikimedia Commons (CC BY 4.0).

Le cas particulier de la cheville

Pour une entorse ou une fracture de cheville, une méthode couramment enseignée consiste à laisser la chaussure de randonnée en place plutôt que de la retirer, car elle assure déjà elle-même une partie de la fonction de maintien, à condition que la circulation sanguine du pied reste normale, vérifiable par la couleur et la chaleur des orteils. Un bandage de contention improvisé, réalisé avec un vêtement souple enroulé en huit autour de la cheville et du pied, complète cette immobilisation de base sans nécessiter de retirer la chaussure, ce qui limite le risque de gonflement rapide qui rendrait ensuite très difficile de la rechausser.

Immobiliser un membre supérieur

Pour un bras ou un avant-bras, l’écharpe improvisée reste la solution la plus simple et la plus universellement enseignée. Un vêtement, un foulard ou même le bas d’un tee-shirt replié en triangle, noué derrière le cou, permet de maintenir le bras fléchi contre le torse, la main légèrement plus haute que le coude pour limiter le gonflement lié à la position déclive du membre. Cette écharpe simple suffit dans la majorité des cas de fracture ou d’entorse du poignet, de l’avant-bras ou du coude.

Pour une fracture suspectée du bras lui-même, entre l’épaule et le coude, il est utile de compléter l’écharpe par une bande large qui maintient le bras plaqué contre le corps, le torse servant alors lui-même de support rigide naturel. C’est une immobilisation moins précise qu’une véritable attelle, mais largement suffisante pour permettre une évacuation dans des conditions de douleur limitée, en attendant une prise en charge médicale plus complète.

Bandage triangulaire utilisé pour la confection d'une écharpe de premiers secours
Un bandage triangulaire, ou à défaut un foulard plié de la même manière, permet de confectionner une écharpe de maintien pour un bras ou un avant-bras blessé. Crédit : H. R. Pasricha & Co. / Auckland Museum — Wikimedia Commons (CC BY 4.0).

Protéger du froid en attendant les secours

Un point souvent négligé dans l’urgence de l’immobilisation concerne la protection thermique de la victime, qui cesse de bouger et se refroidit donc plus vite que le reste du groupe, même en été à basse altitude. Le choc lié à la douleur et parfois à une légère perte de sang aggrave cette sensibilité au froid, ce qui peut conduire à une hypothermie relativement rapide si la victime reste immobile sans protection supplémentaire pendant l’attente des secours.

Isoler la victime du sol avec un sac à dos vide ou un tapis de sol, la couvrir avec des vêtements supplémentaires de tous les membres du groupe et, si disponible, une couverture de survie, fait partie intégrante du geste de premiers secours, au même titre que l’immobilisation elle-même. Une victime qui frissonne en plus de souffrir de sa blessure voit sa douleur perçue augmenter et sa coopération pendant l’évacuation diminuer, ce qui complique la suite de la prise en charge.

Alerter les secours : les bons réflexes

En montagne, le numéro d’urgence européen 112 reste le réflexe à privilégier, accessible même sans réseau de son propre opérateur téléphonique du moment qu’un autre opérateur capte sur la zone. Donner une localisation précise, idéalement des coordonnées GPS relevées sur une application dédiée ou un appareil GPS, accélère considérablement l’intervention du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne ou des secours locaux compétents, comparé à une simple description approximative du lieu.

Décrire clairement le type de blessure suspectée, l’état de conscience de la victime, sa capacité ou non à se déplacer, et les conditions météorologiques sur place, permet aux secours d’anticiper le moyen d’évacuation le plus adapté, hélicoptère ou équipe au sol, avant même d’arriver sur zone. Garder son téléphone allumé mais en économie de batterie, en coupant les applications non essentielles, peut faire une vraie différence si l’intervention prend du temps à cause de conditions météo défavorables au vol.

Hélicoptère de secours en montagne en vol
Un hélicoptère de secours en montagne : une localisation GPS précise transmise lors de l’alerte accélère nettement le délai d’intervention. Crédit : Matthias Zepper — Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

Le cas des enfants ou des adolescents accidentés mérite une attention particulière : leurs os, encore en croissance, se fracturent parfois selon un mode différent de celui de l’adulte, avec des fractures dites en bois vert où l’os plie et se fissure partiellement sans se rompre complètement. Ces fractures, souvent moins déformantes visuellement qu’une fracture complète, n’en sont pas moins douloureuses et nécessitent la même rigueur d’immobilisation dans la position trouvée, sans chercher à tester la mobilité du membre pour évaluer la gravité, un réflexe qui aggraverait inutilement la lésion chez un enfant comme chez un adulte.

La communication avec la victime, souvent reléguée au second plan derrière les gestes techniques, joue pourtant un rôle non négligeable dans la gestion de la douleur et du stress. Expliquer calmement chaque geste avant de le réaliser, prévenir avant de toucher le membre blessé, et maintenir un dialogue rassurant pendant toute l’immobilisation, contribue à limiter la crispation musculaire involontaire de la victime, qui aggrave souvent la douleur perçue bien plus que le geste technique lui-même. Cette dimension humaine du secourisme de terrain, moins mise en avant que les techniques d’attelle, fait pourtant une différence réelle et mesurable sur le confort de la personne blessée.

Un dernier réflexe mérite d’être intégré dès la préparation de la sortie plutôt qu’au moment de l’accident : partager en amont son itinéraire précis à un proche resté en vallée, avec une heure de retour estimée, permet de déclencher l’alerte bien plus vite en cas d’absence de nouvelles, même lorsque la victime elle-même n’a plus de réseau téléphonique pour appeler les secours. Cette précaution simple, souvent négligée pour une sortie jugée facile ou familière, a permis dans de nombreux cas documentés par les services de secours de réduire significativement le délai entre l’accident et le déclenchement effectif d’une intervention.

Les erreurs communes à ne pas commettre

La première erreur, déjà évoquée, consiste à tenter de réaligner un membre déformé avant de l’immobiliser, un geste qui appartient exclusivement aux professionnels formés à cette manipulation spécifique. La deuxième erreur consiste à serrer excessivement les liens de fortune utilisés pour l’attelle, au point de couper la circulation sanguine dans le membre déjà fragilisé, un risque à vérifier régulièrement en observant la couleur des doigts ou des orteils au-delà de l’attelle.

Une troisième erreur fréquente consiste à forcer la victime à continuer de marcher sur un membre suspecté de fracture, sous prétexte de raccourcir le délai d’évacuation, alors que chaque appui supplémentaire risque d’aggraver la lésion. Enfin, une erreur plus subtile touche à la gestion du groupe : oublier de protéger du froid la victime immobilisée, focalisé uniquement sur l’attelle elle-même, alors que l’hypothermie qui s’installe progressivement aggrave à la fois la douleur perçue et le pronostic général en attendant les secours.

Savoir immobiliser un membre avec les moyens du bord ne remplace jamais une vraie formation aux premiers secours, mais cela peut faire une différence réelle dans le confort et la sécurité d’une victime pendant l’attente ou l’évacuation. Une trousse de secours bien pensée, même minimaliste, complète utilement ces gestes de fortune en apportant de quoi désinfecter une plaie ou fixer plus proprement une attelle improvisée. C’est un savoir qui ne s’apprend pas au moment où il devient nécessaire, mais bien avant, sur le tapis d’un stage de secourisme.

Sources et Références

  • Croix-Rouge française, gestes de premiers secours et immobilisations provisoires (croix-rouge.fr)
  • Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM), procédures d’alerte et de secours en montagne (gendarmerie.interieur.gouv.fr)
  • Numéro d’urgence européen 112, fonctionnement et bonnes pratiques d’appel en zone de montagne
  • Référentiels de secourisme de terrain, immobilisation dans la position trouvée