Annapurna 1950. Le best-seller écrit avec du sang et de l’encre
Introduction : Une victoire sur le toit du monde
Le 3 juin 1950, l’histoire de l’alpinisme bascule. Jusque-là, l’homme n’avait jamais dépassé la barre mythique des 8 000 mètres. Les Anglais avaient l’Everest, les Allemands le Nanga Parbat, mais personne n’avait atteint le sommet. Personne, sauf une équipe de Français. Le livre de Maurice Herzog, Annapurna Premier 8000, n’est pas seulement un récit de voyage. C’est le roman d’une époque où la France, sortant de la guerre, avait besoin de héros. Ce livre s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires. Mais derrière la photo triomphante du sommet se cache une descente aux enfers tragique.
I. L’Assaut : « Nous y sommes, Momo ! »
L’expédition est une opération commando. Pas d’oxygène, des cartes imprécises (ils doivent d’abord trouver la montagne), et un équipement sommaire. Maurice Herzog et Louis Lachenal se lancent vers le sommet dans un état d’épuisement total. Lachenal, sentant ses pieds geler, veut redescendre. Herzog, porté par une foi mystique en la mission, veut continuer. Lachenal le suit pour ne pas le laisser mourir seul. Ils atteignent le sommet. Herzog agite le drapeau tricolore au bout de son piolet. C’est l’image d’Épinal. La réalité, c’est que leurs sens sont engourdis par l’hypoxie (le manque d’oxygène) et que le froid est en train de manger leurs extrémités.
II. La Descente : Le prix à payer
La gloire dure dix minutes. La survie dure des semaines. La descente est un cauchemar. Herzog perd ses gants. Il ne s’en rend pas compte tout de suite. Ses mains gèlent instantanément. Lachenal, lui, a les pieds durs comme du bois. Ils affrontent la tempête, passent une nuit dans une crevasse, perdus, délirants. À cette époque, le matériel n’avait rien à voir avec nos standards. Les cuirs prenaient l’eau et gelaient. Aujourd’hui, la technologie nous permet de garder la chaleur même par -30°C, une chance que ces pionniers n’avaient pas.
III. La Controverse : Herzog vs Lachenal
Pendant des décennies, la version officielle d’Herzog (héroïque et unie) a prévalu. Mais plus tard, la publication des Carnets du Vertige de Lachenal (version non censurée) a montré une autre vérité. Celle d’un Lachenal lucide, qui grimpait pour la vie et non pour la France, et qui a été sacrifié sur l’autel de la propagande. C’est ce qui rend cette lecture fascinante aujourd’hui : c’est un duel entre l’idéalisme romantique d’Herzog et le réalisme technique de Lachenal. Deux façons de voir la montagne qui s’affrontent encore aujourd’hui.
📊 Tableau : 1950 vs Aujourd’hui
| Critère | Expédition 1950 | Alpinisme Moderne (2026) |
| Navigation | Carte fausse, boussole | GPS, Photos Satellite, Drone |
| Oxygène | Sans oxygène | Souvent avec oxygène au-dessus de 8000m |
| Vêtements | Pulls en laine, bottes en cuir | Duvet technique, bottes thermiques triples |
| Communication | Courreurs à pied (Sherpas) | Téléphone Satellite / Wifi au camp de base |
| Bilan | Amputations massives | Retour (généralement) intact |
📚 La Bibliothèque de l’Himalaya
Pour comprendre ce drame, il faut lire les deux versions. Le mythe, et la réalité.
- Annapurna, Premier 8000 (Maurice Herzog) : Le récit officiel, épique et bouleversant. La fin : « Il y a d’autres Annapurnas dans la vie des hommes » est culte.
- Carnets du Vertige (Louis Lachenal) : La version brute, sans filtre, du guide de génie qui a accompagné Herzog.
