Reconstitution historique. Deux hommes en redingotes de laine et tricornes grimpant dans la neige avec de longs bâtons en bois, visage marqué par l'effort.

1786 : Le Hold-up du siècle au sommet du Mont-Blanc

Tout le monde connaît la statue de la place de Chamonix : Balmat montrant le sommet à de Saussure. Mais il manque quelqu’un. L’homme qui a vraiment conquis le toit de l’Europe a été rayé de l’histoire par jalousie. Réhabilitation du Docteur Paccard.

C’est l’histoire d’un duo improbable, d’une gloire volée et d’un mensonge qui a duré 200 ans. Le 8 août 1786, deux hommes atteignent pour la première fois le sommet du Mont-Blanc (4807m). L’un est un chasseur de cristaux rustre et fort : Jacques Balmat. L’autre est un médecin cultivé et scientifique : Michel-Gabriel Paccard. Pourtant, pendant des décennies, seul le nom de Balmat sera retenu. Pourquoi ? Parce que l’histoire est écrite par ceux qui parlent le plus fort.

1. La « Montagne Maudite »

Pour comprendre l’exploit, il faut oublier le matériel moderne. En 1786, on n’a ni piolets, ni crampons, ni lunettes de soleil. On grimpe en habit de laine, avec de grands bâtons ferrés (les alpenstocks). Surtout, la peur règne. Les habitants de la vallée appellent le Mont-Blanc la « Montagne Maudite ». On croit qu’il est habité par des démons. C’est un riche scientifique genevois, Horace-Bénédict de Saussure, qui offre une forte récompense à qui trouvera la voie. L’appât du gain motive Balmat. La passion scientifique motive Paccard.

2. L’ascension et le mensonge

Ils partent ensemble. L’effort est surhumain. Paccard, avec son baromètre, effectue des relevés scientifiques tout au long de la montée. Balmat cherche le chemin. Ils arrivent au sommet à 18h23. Ils sont épuisés, aveuglés par la réverbération (ophtalmie des neiges). C’est Paccard qui est en tête. Mais au retour, Paccard, fatigué et aveugle, rentre se soigner discrètement. Balmat, lui, file voir de Saussure pour toucher la prime. Il raconte sa version : c’est lui le fort, lui qui a dû traîner le docteur comme un boulet, lui qui a vaincu la montagne. De Saussure le croit. La légende est née : Balmat est le héros, Paccard est le boulet.

3. La vérité rétablie (200 ans plus tard)

Il faudra attendre les travaux d’historiens modernes (comme Yves Ballu) et la redécouverte de journaux intimes de l’époque pour prouver la vérité : C’est le Docteur Paccard qui a tout organisé, tout payé, et qui a probablement mené la cordée. Balmat n’était « que » le guide (ce qui est déjà immense), mais pas le sauveur qu’il prétendait être. Aujourd’hui, une seconde statue trône enfin à Chamonix, dédiée à Paccard, assis, regardant le sommet. Justice est faite.

Le Verdict HÉRITAGE : Cette histoire nous rappelle que l’alpinisme n’est pas qu’une affaire de muscles. C’est une affaire d’ego. En regardant le Mont-Blanc aujourd’hui, ayez une pensée pour le Docteur Paccard, l’homme de science qui a vaincu la peur du vide et des démons, avant d’être vaincu par la calomnie des hommes.

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