L’Utopie des Neiges : Quand Charlotte Perriand inventait le ski moderne

On a longtemps critiqué les « usines à ski » des années 70. Aujourd’hui, les puristes s’arrachent le mobilier et les appartements signés par la plus grande architecte française. Retour aux Arcs, là où tout a commencé

Regardez bien votre appartement de ski. La cuisine ouverte sur le salon ? C’est elle. La baie vitrée qui cadre le Mont-Blanc comme un tableau ? C’est elle. Les placards intégrés pour gagner de la place ? Encore elle.

Charlotte Perriand n’a pas seulement dessiné une station, elle a dessiné une façon de vivre ensemble. Alors que beaucoup voient dans l’architecture des années 60-70 des « verrues de béton », la rubrique HÉRITAGE vous emmène redécouvrir le génie brut de la station des Arcs.

1. Ne pas abîmer la montagne, se coucher dedans

En 1967, quand Roger Godino appelle Charlotte Perriand, le mandat est clair : créer une station ex-nihilo pour 30 000 personnes. La réponse de l’architecte (qui a 64 ans à l’époque et skie encore) est radicale.

Pas de chalets « façon Heidi » en faux bois qui mitent le paysage. Elle impose des bâtiments collectifs denses pour laisser la nature vierge autour. Son coup de génie ? L’architecture « en cascade ». Les immeubles ne sont pas posés sur la montagne, ils sont la montagne. Les toits suivent la pente, les terrasses en décalé permettent à chacun de prendre le soleil sans voir le voisin du dessus. L’immeuble devient une courbe de niveau topographique.

2. La révolution de la « Cuisine-Bar »

C’est à l’intérieur que la révolution sociologique a lieu. Avant Perriand, la femme (qui cuisinait à l’époque) était isolée dans une pièce fermée pendant que les hommes buvaient l’apéro. Charlotte Perriand explose les cloisons. Elle invente la cuisine ouverte, séparée par un simple bar en pin. Le message est féministe et convivial : celui qui cuisine ne doit plus être puni. Il (ou elle) participe à la fête. C’est la naissance du « séjour ski » moderne.

3. Le Vintage qui vaut de l’or

Longtemps boudés, les appartements d’origine « classés Patrimoine du XXe siècle » sont aujourd’hui le Saint-Graal des collectionneurs. Les chaises en paille et les tables en pin massif qu’elle avait dessinées spécifiquement pour la station (pour être robustes et économiques) s’arrachent désormais dans les galeries parisiennes à prix d’or. Dormir aux Arcs 1600 ou 1800, dans un jus d’origine, ce n’est pas louer un studio, c’est habiter une œuvre d’art.

La Leçon HÉRITAGE : La prochaine fois que vous jugerez un immeuble en béton en station, levez les yeux. Regardez les lignes. Il y a souvent plus d’intelligence et de respect de la montagne dans ces utopies modernistes que dans les néo-chalets de luxe qui bétonnent les alpages aujourd’hui.

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