Ultar Sar 1996 : La conquête tragique du plus haut sommet vierge du Karakoram
DIRECTSelon le récit captivant de Jocelyn Chavy pour Alpine Mag, l’histoire de la conquête des grands sommets comporte des chapitres aussi glorieux que sombres. Le 11 juillet 1996, après une décennie d’échecs répétés par une douzaine d’expéditions internationales, les alpinistes japonais Akito Yamazaki et Kiyoshi Matsuoka réussissent enfin à vaincre l’Ultar Sar. Dominant la vallée de la Hunza au Pakistan de plus de 5 000 mètres de dénivelé vertical, cette cathédrale de roc et de glace culminant à 7 388 mètres était alors considérée comme l’un des plus hauts sommets vierges de la planète. Il aura fallu huit jours d’une ascension d’une raideur extrême pour forcer la montagne.
Mais en haute altitude, atteindre le sommet ne représente que la moitié du chemin. La descente se transforme immédiatement en un piège mortel. Pris dans une tempête effroyable qui balaie le Karakoram, les deux hommes enchaînent les bivouacs de fortune, privés d’eau et de nourriture. Quinze jours d’agonie et de combat contre la déshydratation et l’hypothermie s’ensuivent. Lorsqu’ils atteignent enfin le camp de base seize jours après leur départ, le miracle tourne à la tragédie : terrassé par l’épuisement extrême, Akito Yamazaki meurt le 19 juillet sans avoir véritablement pu savourer sa victoire.
Ce drame rappelle à quel point les géants du Pakistan exigent une maîtrise parfaite et ne pardonneront jamais le moindre retard. L’histoire de ce sommet mythique s’inscrit dans la lignée des épopées d’altitude où la frontière entre l’exploit absolu et le drame reste infime. Comme le rappelle l’esprit du Refuge du Karakoram : L’excellence de l’alpinisme engagé, ces parois d’Asie centrale restent un laboratoire de la volonté humaine face aux éléments déchaînés.
Le Regard de L’ALPIN
L’ascension de l’Ultar Sar en 1996 incarne le dilemme éternel du style léger à très haute altitude : pousser au plus vite vers le sommet permet de réussir la voie, mais élimine toute marge de sécurité si le mauvais temps s’installe. Face au relief gigantesque du Karakoram, l’absence de réserves de vivres et de gaz pour fondre la neige transforme trois jours de blocage en arrêt de mort. Une leçon de physiologie et de gestion du risque payée ici au prix le plus fort.
Le style alpin léger doit-il continuer à être la norme absolue sur des sommets de plus de 7 000 mètres aussi isolés ?