Trilogie d’acier en Chartreuse : trois alpinistes domptent les monstres oubliés des Préalpes

DIRECTCoup d’éclat sur le calcaire de Chartreuse : trois grimpeurs viennent de boucler un enchaînement d’une sauvagerie rare en plein cœur des Préalpes. Selon les informations de Jocelyn Chavy pour Alpine Mag, Antonin Burnod, Eric Bazot et Adrien Dupuis ont terrassé en seulement neuf jours trois des itinéraires les plus austères et vertigineux du massif. Une démonstration d’alpinisme brut, loin des projecteurs des 4 000 mais au contact d’un rocher délité et d’un vide abyssal qui impose le respect.

Au programme de ce périple vertical : La Passion dans l’âme en face Est de la Dent de Crolles, le monumental bouclier de la Voie Centrale au Grand Manti, et enfin la sombre voie Seigneur dans la face Nord du mont Granier. Ouvertes entre 1967 et 2001, ces voies mythiques cumulent longueurs en escalade artificielle exigeante, pitonnage précaire, sections déversantes et bivouacs suspendus. Dans ces bastions calcaires qui rappellent les plus rudes épopées depuis l’ascension historique du Mont Aiguille en 1492, la moindre erreur de placement de coinceur ou de crochet d’artif se paie comptant.

Rares sont les cordées modernes à s’aventurer dans ces dédales verticaux rarement répétés, où le sens de l’itinéraire prime sur la cotation pure et où le rocher exige une vigilance nerveuse permanente. En reliant ces trois monuments à quelques encablures de Grenoble et de Chambéry, le trio prouve que l’aventure absolue avec un grand « A » ne nécessite pas forcément un billet d’avion pour l’Himalaya ou la Patagonie, mais simplement un sac bien lourd, un jeu de pitons affûtés et une détermination sans faille sur les parois du pas de sa porte.

Le Regard de L’ALPIN

Cet enchaînement est une leçon de style et d’éthique. Alors que l’alpinisme moderne tend parfois à s’aseptiser sur des structures hyper-équipées ou des classiques surfréquentées du massif du Mont-Blanc, aller se frotter aux architectures grises et délétères du Grand Manti et du Granier réhabilite l’artisanat du terrain d’aventure. Le calcaire de Chartreuse n’accorde aucun passe-droit : l’artif y est psychologique, le rocher demande du doigté, et la logistique de trois big walls en neuf jours relève d’une endurance physique et mentale hors norme.

La redécouverte de nos parois régionales les plus sévères n’est-elle pas, aujourd’hui, le véritable renouveau de l’alpinisme d’aventure ?

Consulter la source originale (Jocelyn Chavy)