Scandale aux Sybelles : la Cour des comptes épingle les millions du privé face aux miettes des communes

DIRECTC’est un séisme institutionnel qui secoue la vallée de la Maurienne : comme le révèle une enquête approfondie de Jocelyn Chavy pour Alpine Mag, la Chambre régionale des comptes (CRC) Auvergne-Rhône-Alpes vient de publier un rapport de 95 pages d’une sévérité implacable sur la gestion du domaine skiable des Sybelles. Alors que le massif s’enorgueillit de ses 310 kilomètres de pistes reliées et de son statut de quatrième domaine skiable de France, les magistrats financiers mettent en lumière une mécanique pernicieuse : des contrats de délégation lourdement déséquilibrés permettant à des exploitants privés de capter des millions d’euros de bénéfices, tout en ne laissant que des miettes aux caisses des collectivités locales montagnardes.

Le document, rendu public au cœur de l’été dans une discrétion soigneusement entretenue, dresse l’inventaire d’une gestion pour le moins problématique. Au-delà des marges insolentes engrangées par les opérateurs commerciaux, la juridiction financière pointe du doigt un sous-investissement manifeste dans la modernisation des infrastructures, des situations récurrentes de conflits d’intérêts chez certains décideurs locaux, ainsi que des entorses sérieuses et répétées aux règles élémentaires de la commande publique. Une réalité économique cynique qui interroge directement sur le vrai prix de votre forfait et sur la redistribution réelle de l’or blanc vers l’aménagement et les services des territoires montagnards.

Le Regard de L’ALPIN

Ce rapport de la CRC met le doigt sur la fracture morale qui guette l’industrie du ski tricolore. Pendant que les villages d’altitude assument le risque climatique, le coût de l’eau, le damage et l’entretien des réseaux, le modèle de concession délègue la rente au privé sans exiger de contreparties d’investissement à la hauteur des enjeux de transition. Si un géant comme les Sybelles privatise les profits tout en socialisant les risques d’un modèle économique en sursis, c’est l’ensemble de l’écosystème alpin qui finira par perdre la confiance de ses pratiquants et de ses contribuables.

Face à des contrôles de plus en plus pointus et à l’urgence de réinventer le modèle économique des stations face à la crise climatique, ce rapport pourrait-il sonner le glas des délégations de service public opaques dans les Alpes ?

Consulter la source originale (Jocelyn Chavy)