Mont-Blanc : 50 ans après Gaston Rébuffat, les mythiques « 100 plus belles courses » entièrement réécrites
DIRECTC’est un monument absolu de la littérature alpine qui fait sa mue : comme le révèle le journaliste Jocelyn Chavy dans les colonnes d’Alpine Mag, les Éditions du Mont-Blanc s’associent à une quarantaine de guides de Chamonix pour réinventer l’ouvrage culte de 1973. Cinquante-trois ans après la parution du « Massif du Mont-Blanc, les 100 plus belles courses », l’alpinisme technique s’est métamorphosé, mais c’est avant tout le terrain de jeu lui-même qui s’est effondré sous la pression des bouleversements climatiques.
En 1973, Gaston Rébuffat concevait son recueil comme une progression initiatique impeccable. L’amateur débutait ses gammes sur les Clochetons de Planpraz ou l’école de glace des Bossons, avant de monter en puissance sur les dalles de l’Index, pour finalement prétendre aux joyaux du massif : l’Éperon Walker aux Grandes Jorasses, la directe américaine des Drus ou le Pilier central du Frêney en point d’orgue. Or, cinq décennies plus tard, la fonte du permafrost et le recul glaciaire massif ont pulvérisé cette belle ordonnance. Les rimayes béantes deviennent infranchissables dès le mois de juillet, tandis que les couloirs de neige se transforment en redoutables canardières de roches instables.
Cette nouvelle sélection ne propose pas un simple rafraîchissement des cotations modernes ou une mise à jour des relais sur spits. Elle acte une révolution géographique et temporelle : certaines courses d’ampleur en neige et glace ont purement déserté l’été pour se négocier en conditions hivernales ou printanières, tandis que de nouvelles lignes de granit compact émergent sur les arêtes assainies. Le topo guide n’est plus une to-do list immuable à cocher machinalement, mais un plaidoyer d’adaptation continue où la lecture des isothermes et l’état structural de la paroi priment sur la tradition estivale.
Le Regard de L’ALPIN
Réécrire Rébuffat n’a rien d’un crime de lèse-majesté : c’est un acte de pragmatisme et de survie élémentaire. L’alpinisme de carte postale des années 1970, figé dans un cryosphère stable, appartient désormais aux livres d’histoire. En réajustant les 100 courses reines aux réalités de l’Anthropocène, les guides rappellent que l’engagement moderne ne réside plus dans l’obstination face à un couloir qui s’effondre, mais dans la lucidité météorologique et le choix d’itinéraires résilients. Ce nouveau recueil marque la fin officielle du sacro-saint créneau estival au profit d’un alpinisme d’opportunité sur quatre saisons.
Face à ces parois déstabilisées et ces glaciers amaigris, la liste de vos courses de rêve dans le massif doit-elle elle aussi être intégralement remise à plat ?