JO 2030 : Consultation citoyenne ou écran de fumée après le départ de Grospiron ?

DIRECTCoup de théâtre et manœuvre de temporisation au sommet de l’Olympe alpin. Alors que la démission surprise d’Edgar Grospiron de la présidence du Cojop a laissé le comité d’organisation sans capitaine à la barre, le calendrier s’accélère avec l’ouverture soudaine de six réunions publiques. Mais comme le met en lumière la tribune d’Ulysse Lefebvre, cette soudaine soif de dialogue populaire ressemble furieusement à une opération de déminage politique après des mois de passage en force et de silences gênés.

Le paradoxe est cuisant : ces six rendez-vous de concertation, censés nouer un « dialogue direct avec les populations », n’ont bénéficié d’aucune campagne de promotion d’envergure dans les vallées. Pendant ce temps, le spectre des déboires environnementaux de Milan-Cortina — symbolisé par les coupes rases de forêts centenaires pour un anneau de bobsleigh — alimente une défiance légitime des montagnards. La colère gronde face à des choix déjà verrouillés par les instances sportives, un malaise profond que nous mettions déjà à nu dans notre dossier consacré à la facture réelle et à la fronde savoyarde des JO 2030.

Consulter les citoyens lorsque les tracés, les garanties financières de l’État et les attributions d’épreuves sont déjà gravés dans le marbre s’apparente à une parodie d’écoute. Dans les stations comme dans les vallées de basse altitude, les acteurs de terrain réclament de véritables réponses sur la ressource hydrique, la dépendance à la neige de culture et les retombées directes pour les territoires, loin des promesses d’héritage abstrait d’un événement pensé pour la télévision globale.

Le Regard de L’ALPIN

La démocratie participative ne peut pas être un pansement appliqué à la hâte sur une fracture ouverte de légitimité. En perdant sa figure de proue sportive et en convoquant les riverains sans ordre du jour décisionnel, le Cojop 2030 reproduit les vieux réflexes technocratiques des grands chantiers du XXe siècle. Si l’avis des montagnards n’a aucun pouvoir d’inflexion sur le cahier des charges olympique, ces réunions ne feront que radicaliser l’opposition locale plutôt que de construire un consensus.

Les territoires alpins peuvent-ils encore espérer peser sur le tracé de ces Jeux, ou cette tournée n’est-elle qu’un alibi pour valider un dossier déjà scellé à Lausanne ?

Consulter la source originale (Ulysse Lefebvre)