Jean Bourgeois : Le « ressuscité de l’Everest » tire sa dernière révérence à 88 ans

DIRECTL’alpinisme international vient de perdre l’un de ses visages les plus fascinants et romanesques. Selon les informations partagées par Jocelyn Chavy dans un bel hommage pour Alpine Mag, Jean Bourgeois s’est éteint chez lui, en Belgique, le 21 août dernier à l’âge de 88 ans. Grimpeur d’exception des décennies 1960 et 1970, compagnon de cordée de Claudio Barbier et voyageur insatiable, il incarnait une vision de la montagne libre, exigeante et farouchement indépendante.

Le nom de Bourgeois reste lié à jamais à l’une des odyssées les plus stupéfiantes des annales de l’Himalaya. En décembre 1982, engagé dans les bourrasques hivernales du Toit du monde, l’alpiniste se volatilise au-dessus de 7 000 mètres d’altitude. Déclaré mort après d’infructueuses recherches, il déjoue les lois de l’hypothermie et de l’épuisement pour réapparaître deux semaines plus tard à Katmandou, stupéfiant la communauté internationale. Un exploit de survie brute qui s’inscrit directement dans l’histoire des grandes catastrophes et leçons de survie en alpinisme.

Mais réduire Jean Bourgeois à ce seul miracle hivernal masquerait la stature d’un grimpeur complet. Astronome de formation, esthète du rocher et explorateur de massifs oubliés, il aura marqué l’âge d’or de l’alpinisme européen par une rigueur technique sans compromis et un sens aigu de la camaraderie de cordée, loin de tout sensationnalisme mercantile.

Le Regard de L’ALPIN

La survie de Jean Bourgeois en 1982 témoigne d’une époque où l’engagement en très haute altitude ne tolérait aucun artifice. Sans balise satellite, sans routeurs météo au camp de base ni hélicoptères de secours capables d’intervenir sur les hauts plateaux, l’homme ne pouvait compter que sur son endurance physiologique, une lucidité hors norme et sa maîtrise de l’orientation en milieu hostile. Un rappel salutaire des fondamentaux de l’alpinisme d’exploration.

Face à l’ultra-technologisation des expéditions contemporaines, la haute montagne permettrait-elle encore aujourd’hui de telles aventures de survie en autonomie totale ?

Consulter la source originale (Jocelyn Chavy)