Hillary Gerardi dompte le GR20 en 38h42 : une traversée déchirante entre exploit et hommage
DIRECTC’est un monument d’intensité alpine et d’émotion brute qu’Hillary Gerardi vient d’inscrire sur les dalles corses. Selon le témoignage recueilli par Zoé Charef pour Alpine Mag, la traileuse franco-américaine s’est élancée mi-septembre à l’assaut des 180 kilomètres et 12 000 mètres de dénivelé positif de l’épine dorsale corse. Son projet portait une double résonance : approcher le record de référence d’Anne-Lise Rousset (35h50 en 2022) et rendre un hommage poignant à son amie traileuse Kalie McCrystal, récemment disparue lors d’une ascension au Cervin.
Habituée aux arêtes effilées du massif du Mont-Blanc et aux records de vitesse en skyrunning, Hillary Gerardi s’attaquait là au plus long ultra-trail de sa carrière. Dès les premiers massifs du Nord, le granit impitoyable et l’engagement des sentiers ont mis les organismes à l’épreuve. Face à des douleurs musculaires grandissantes et une nuit difficile où la projection du record s’est progressivement envolée, elle a choisi d’aller au bout de cette odyssée mentale et physique vers l’inconnu propre aux longues solitudes d’altitude.
Au terme de 38 heures et 42 minutes de combat ininterrompu, la Franco-Américaine a coupé la ligne à Conca, épuisée mais portée par une détermination sans faille. Si le temps de référence d’Anne-Lise Rousset reste intouché, Hillary Gerardi signe magistralement le deuxième meilleur chrono féminin de l’histoire sur ce sentier mythique réputé comme le plus technique d’Europe.
Le Regard de L’ALPIN
Le GR20 ne pardonne aucune défaillance musculaire : l’alternance perpétuelle de pierriers instables, de dalles rocheuses et de dénivelés brutaux détruit les fibres motrices bien plus vite qu’un ultra traditionnel sur piste damée. Boucler cette traversée sous les 40 heures relève d’une maîtrise physiologique d’exception. En reliant Calenzana à Conca dans le sillage de son amie disparue, Hillary Gerardi démontre que sur ces lignes de crête, la performance pure puise sa grandeur dans ce supplément d’âme qui transcende la douleur.
Face à la rudesse et au profil si accidenté du GR20, la barrière symbolique des 35 heures pourra-t-elle un jour être franchie chez les femmes ?