Grand Capucin : Le pari fou d’Hugo Parmentier et Esteban Daligault sur la Triple Crown
DIRECTC’est l’un des défis les plus engagés tentés ces dernières saisons sur le granite chamoniard. À l’occasion du solstice d’été, les grimpeurs de haut niveau Hugo Parmentier et Esteban Daligault ont jeté leur dévolu sur un challenge vertigineux : boucler la « Triple Crown » du mythique Grand Capucin en moins de 24 heures. Comme le documente avec brio la vidéo relayée par Alpine Mag, le plan de cordée visait l’enchaînement en libre des trois voies reines du monolithe : la Voie Petit (450 m, 8a+), Trésor de Romain (450 m, 8a) et enfin L’Or du Temps (450 m, 7c+).
Sur le papier, l’entreprise tient de la gageure athlétique et mentale : avaler plus de 1 300 mètres de dénivelé rocheux au-dessus de 3 500 mètres d’altitude, où le manque d’oxygène, le froid matinal et le grain abrasif du protogine ne tolèrent aucune approximation. Partis à la frontale peu après 5 heures du matin, les deux athlètes se sont mesurés aux longueurs les plus intimidantes du massif. Dans l’esprit intransigeant d’un Paul Preuss, apôtre de l’escalade libre, la cordée a engagé le combat sans tricher, alternant les pas de bloc aléatoires sur des réglettes fuyantes et les verrous de doigts douloureux dans des dièdres parfaits.
Mais entre la partition idéale dressée sur le papier et l’épreuve de vérité imposée par le Grand Capucin, la montagne a une fois de plus imposé son tempo. Si les aléas du timing et l’épuisement transforment cette tentative de triple croix en une aventure où le renoncement partiel s’invite au sommet, la performance force le respect. Réaliser un tel volume d’escalade dans le huitième degré sur une seule journée témoigne du niveau d’endurance ahurissant atteint par la jeune garde de l’alpinisme moderne.
Le Regard de L’ALPIN
Ce projet marque une étape clé dans l’évolution du big wall chamoniard. Longtemps terrain d’expression de l’artif lourd puis des ascensions de vitesse sur lignes historiques, le Grand Capucin devient le laboratoire de falaisistes capables de transposer le très haut niveau sportif en altitude. Réussir à négocier du 8a+ à près de 3 800 mètres d’altitude avec l’horloge pour unique arbitre demande une synchronisation biomécanique, thermique et mentale totale. Même si la trilogie intégrale garde encore ses secrets pour quelques heures, la trace est ouverte.
Face à la sévérité du granite et au défi de l’altitude, pensez-vous que l’enchaînement intégral de ces trois monstres en moins de 24 heures sera concrétisé dès le prochain été ?