Girose solidaire : quand la haute montagne répare les trajectoires brisées à La Grave

DIRECTL’altitude comme révélateur d’émancipation. Sur les contreforts vertigineux de la Haute-Romanche, huit femmes que la vie tenait éloignées des univers d’altitude ont chaussé les crampons pour s’élancer sur la glace vive du glacier de la Girose. À l’occasion des 11es Rencontres de la montagne partagée et solidaire, comme le rapporte la journaliste Zoé Charef dans son carnet d’immersion, l’association 82-4000 Solidaires a réaffirmé une promesse essentielle : celle d’ouvrir l’accès aux cimes à celles et ceux qui en sont d’ordinaire exclus.

Le rituel commence bien avant le premier coup de piolet. Dans la salle des fêtes de La Grave, village emblématique mondialement connu pour ses itinéraires sauvages, l’ajustement des baudriers et le serrage des casques brisent immédiatement les barrières sociales. Ici, face aux séracs suspendus du massif des Écrins, la montagne ne toise pas : elle accueille. L’esprit qui règne rappelle la pureté d’une randonnée glaciaire des Écrins où l’effort partagé efface les solitudes citadines et désamorce les appréhensions viscérales.

Une fois la benne du téléphérique des Glaciers de la Meije débouchée à 3 200 mètres, l’air limpide et l’immensité minérale imposent leur loi. Pour ces cordées féminines encadrées par des professionnels bienveillants, négocier les premières crevasses et apprivoiser la morsure de l’acier sur la glace relèvent d’une véritable reconquête d’estime personnelle. La relation de cordée devient alors bien plus qu’un dispositif de sécurité mécanique : elle tisse un pacte de confiance physique et psychologique où chaque foulée synchronisée ancre le droit universel à l’émerveillement.

Le Regard de L’ALPIN

L’alpinisme contemporain, trop souvent réduit à ses prouesses athlétiques ou à une quête consumériste du sommet, retrouve ici sa force tellurique d’origine : la solidarité brute de cordée. L’engagement de 82-4000 Solidaires démontre avec brio que l’expérience du rocher et de la glace n’est pas un privilège d’initiés, mais un puissant vecteur de résilience humaine et de mixité sociale.

Face au recul accéléré des glaces et aux mutations des territoires de haute altitude, l’ouverture solidaire de nos parois ne représente-t-elle pas le plus beau défi éthique de l’alpinisme de demain ?

Consulter la source originale (Zoé Charef)