Fonte des glaciers et parois à nu : Damilano et Coutterand face au nouveau visage des Alpes
DIRECTLe constat est sans appel pour qui fréquente les cimes : les Alpes subissent une mutation d’une violence inouïe. Comme le détaille l’enquête menée par Sophie Cuenot, la saison estivale 2026 a confirmé la métamorphose irréversible de nos massifs. L’alpiniste et guide de haute montagne François Damilano, aux côtés du géomorphologue et glaciologue Sylvain Coutterand, dresse un tableau lucide d’un univers minéral où le dégel du pergélisol purge des parois entières et transforme les couloirs mythiques en véritables goulottes de poussière.
Pourtant, loin de la sidération paralysante, ces observateurs privilégiés du massif du Mont-Blanc décrivent un processus psychologique proche de la dernière phase du deuil : l’acceptation. Alors que le grand naturaliste Louis Agassiz décryptait jadis l’avancée des glaces au Mont-Blanc, les praticiens contemporains doivent aujourd’hui composer avec leur disparition éclair. Les créneaux d’ascension traditionnels de juillet et août s’effondrent sous les chutes de pierres, poussant les cordées vers le printemps précoce ou les lignes exclusivement rocheuses sur granit sain.
Contre toute attente, la fréquentation ne tarit pas, mais l’alpinisme se réinvente sous la contrainte du thermomètre. Gravir l’Eiger ou le Cervin exige désormais une réactivité météorologique absolue, une lecture quasi chirurgicale des isothermes zéro degré et le renoncement sans amertume aux itinéraires d’antan devenus de véritables loteries mortelles.
Le Regard de L’ALPIN
Ce basculement climatique acte la fin définitive du calendrier classique de l’alpinisme estival hérité du XXe siècle. Nous n’assistons pas à la mort de la discipline, mais à une translation radicale : les grandes courses mixtes se feront en hiver ou au printemps, tandis que l’été appartiendra à l’escalade pure sur parois d’altitude purgées de neige. Les guides ne vendent plus des sommets immuables, mais une expertise du risque dynamique où l’éthique du renoncement devient la première compétence de survie.
Face à des géants de pierre qui s’effritent sous nos yeux, sommes-nous prêts à abandonner le mythe des grandes faces nord estivales pour repenser totalement notre temporalité en altitude ?