Ego Land à la Marmolada : le nouveau monstre du 8c+ dompté par Enzo Oddo et Louna Ladevant

DIRECTLe calcaire gris et compact de la « Reine des Dolomites » vient de couronner son nouveau chef-d’œuvre d’engagement. Comme le détaille l’enquête de Jocelyn Chavy pour Alpine Mag, la voie Ego Land est devenue en moins de deux saisons le banc d’essai absolu de la très haute difficulté alpine, magnifiée par les récents enchaînements coup sur coup des Français Enzo Oddo et Louna Ladevant.

Tracée à l’été 2024 par les Italiens Bernardo Rivadossi et Massimo Faletti, la ligne fend le gigantissime Dorso dell’Elefante en face sud de la Marmolada. Le cahier des charges donne immédiatement le vertige : dix longueurs compactes, 410 mètres de gaz ininterrompu, des pas culminant dans un 8c/+ d’anthologie et un 7c+ obligatoire qui ne tolère aucune fébrilité mentale. Après les passages remarqués de grimpeurs d’élite comme Luca Bana, Marcello Bombardi, Edu Marín ou encore le mutant tchèque Adam Ondra, le clan tricolore a frappé fort. Enzo Oddo, encordé avec Léo Billon, s’est offert la première répétition française en juillet, avant que Louna Ladevant, épaulé par son frère Tristan, ne vienne libérer la voie à son tour le 13 août dernier.

Cette succession d’ascensions nettes confirme un basculement historique pour le massif. Alors que les pionniers ont forgé le mythe dolomitique à coups de pitons et d’audace brute, à l’image des exploits légendaires d’Emilio Comici sur ces mêmes parois verticales, Ego Land transpose les standards les plus intransigeants de la falaise sportive moderne au cœur d’un mur alpin de 400 mètres. L’ouverture du bas, respectant une éthique rigoureuse, préserve un engagement total où la moindre erreur d’adhérence au-dessus du point se paie par des vols vertigineux.

Le Regard de L’ALPIN

Ce qui fascine dans Ego Land, ce n’est pas uniquement son chiffre flatteur de 8c/+. C’est avant tout l’homogénéité du niveau requis et la sévérité du obligatoire en 7c+, à plusieurs centaines de mètres du plancher des vaches. Voir des polyvalents de l’extrême comme Enzo Oddo et Louna Ladevant s’approprier cette ligne démontre que la frontière entre falaisiste de haut vol et alpiniste engagé est définitivement abolie. La face sud de la Marmolada retrouve son rôle de laboratoire mondial du libre d’exception.

Avec de telles répétitions enchaînées par l’élite internationale, la Marmolada s’offre-t-elle le statut de nouveau sanctuaire mondial du big wall extrême face au Yosemite ?

Consulter la source originale (Jocelyn Chavy)