Artesonraju : Ils pensaient ouvrir une face mythique au Pérou avant de découvrir l’exploit fantôme de 1980

DIRECTCroyant signer une première historique sur la pyramide la plus emblématique des Andes, deux alpinistes se sont heurtés au fantôme d’un pionnier français. En juillet dernier, Elias Ejderhamn et Marco Malcangi ont engagé leurs spatules dans l’abrupte face Sud-Ouest de l’Artesonraju (6 025 m), le sommet péruvien rendu célèbre par le logo de la Paramount Pictures. Mais comme le révèle le récit captivant publié par Elias Ejderhamn, leur retour dans la vallée de Chamonix a fait voler en éclats leur illusion d’inédit : 46 ans plus tôt, un homme seul avait déjà défié ce monstre de glace.

En plongeant dans les archives alpines pour documenter leur descente, le duo a exhumé un cliché noir et blanc saisissant datant de 1980. Cette année-là, le Français Gérard Chantriaux s’était élancé en solitaire absolu dans ce toboggan vertigineux. Entre la photographie d’époque et les images captées récemment par les deux skieurs, le choc visuel est total. Le gigantesque sérac médian qui barrait jadis la face en son centre a tout bonnement disparu, emporté par les décennies de dynamique glaciaire. Dans cette région où l’histoire de l’alpinisme s’est forgée sur des géants immaculés — à l’image des exploits légendaires sur l’Alpamayo lors de sa conquête en 1957 —, la montagne prouve qu’elle ne cesse de redessiner elle-même ses propres itinéraires.

Skier une pente à plus de 50 degrés au-delà de 6 000 mètres d’altitude reste une épreuve d’engagement absolu où la moindre hésitation sur la carre condamne à l’irréversible. Même si la ligne n’était techniquement pas vierge, Ejderhamn et Malcangi ont composé avec une géographie totalement renouvelée : une neige travaillée par le vent tropical, des crevasses béantes aux emplacements inédits et une inclinaison continue qui ne pardonne aucune défaillance technique. Plus qu’une répétition, cette aventure illustre le dialogue intemporel entre les pionniers de la pente raide des années 1980 et la nouvelle génération d’amoureux du grand vide.

Le Regard de L’ALPIN

L’histoire de cette descente met en lumière une réalité technique fondamentale : en haute altitude tropicale, les glaciers réécrivent les topos bien plus vite que les hommes. Skier une face 46 ans après son ouverture ne relève plus de la simple répétition, mais d’une réinterprétation intégrale du terrain. Face à l’évolution morphologique des séracs et des plaques de glace vive, la notion de « ligne historique » devient vivante, mobile et éphémère. Gérard Chantriaux et cette cordée moderne n’ont pas skié la même montagne ; ils ont simplement partagé le même vertige.

Face à la transformation spectaculaire de nos massifs glaciaires, l’ère des grandes ouvertures en pente raide doit-elle être réinventée à chaque génération ?

Consulter la source originale (Elias Ejderhamn)