Adam Ondra dompte la Marmolada : du mythe du Poisson au vertige d’Ego Land dans les Dolomites
DIRECTLe maître tchèque de la grimpe mondiale frappe à nouveau au cœur des Alpes italiennes. Dans un récit d’ascension exceptionnel mis en images par Alpine Mag et sa dernière vidéo, Adam Ondra s’offre une immersion magistrale sur l’immense face sud de la Marmolada, reliant en un geste esthétique deux générations de l’extrême dolomitique.
Accompagné par la référence locale Pietro Dal Prà, le grimpeur tchèque s’est d’abord mesuré à la mythique Attraverso il Pesce (la « Voie du Poisson »), ouverte en 1981 par Igor Koller et Jindřich Šustr. Plus de quarante ans après sa naissance, cette grande classique conserve une aura terrifiante : au-delà de son passage-clé en 7b/+, ce sont les espacements démesurés entre les points qui mettent les nerfs à vif sur ce calcaire d’anthologie. Une philosophie de l’engagement total qui s’inscrit dans la droite lignée d’Emilio Comici, l’Ange des Dolomites et père de la ligne droite, pour qui l’audace primait toujours sur le compromis artificiel.
Changement radical d’époque quelques mètres plus loin avec Ego Land, un monstre contemporain de 410 mètres libéré en 2024 par Bernardo Rivadossi, Massimo Faletti et Luca Bana. Déroulant dix longueurs jusqu’au 8c/+ avec un 7c+ obligatoire intransigeant, la voie cristallise désormais les ambitions de l’élite internationale : après Edu Marín et Marcello Bombardi, Ondra y a laissé son empreinte avant que les Français Enzo Oddo et Louna Ladevant ne viennent à leur tour s’y frotter cet été. Une émulation rare qui propulse la Marmolada au carrefour absolu de la tradition alpine et du très haut niveau athlétique.
Le Regard de L’ALPIN
Ce grand écart entre la Voie du Poisson et Ego Land synthétise la maturité contemporaine du libre en haute paroi. Là où les pionniers engageaient leur intégrité physique sur des coinceurs aléatoires dans du 7b, la nouvelle génération réussit la prouesse de transposer les difficultés extrêmes de la falaise (8c/+) en plein bastion alpin, sans pour autant sacrifier l’engagement psychologique. Avec un 7c+ obligatoire, Ego Land démontre que le calcaire dolomitique ne pardonne rien : le vide et le dénivelé restent les ultimes arbitres de la performance.
Face à cette surenchère technique, pensez-vous que l’avenir des grandes parois alpines réside désormais dans ces voies hybrides ultra-dures et très protégées, ou dans la pure tradition de l’engagement engagé ?