Installation d’un poste radio au sommet du mont Blanc lors d’une expédition en 1932

« Allô, allô, ici poste mobile du Sommet du Mont-Blanc » !

C’était en 1932. Bien avant la 4G et Starlink, Frison-Roche a réalisé l’impossible : une émission en direct depuis le toit de l’Europe. Une aventure technique aussi périlleuse que l’ascension elle-même.

« Allô, allô, ici poste mobile du Sommet du Mont-Blanc ! » Il est 13h09, ce 15 juin 1932. La voix est jeune (25 ans), sans doute essoufflée par l’altitude, et la transmission instable. Mais le miracle a lieu. Roger Frison-Roche vient de réussir ce que tout le monde pensait impossible : transformer le Mont-Blanc en studio de radio.

1. Une expédition de forçats (30 heures d’effort)

Oubliez la technologie moderne. En 1932, la radio (la TSF) est déjà un exploit en plaine. Alors à 4807 mètres… Pour y arriver, il a fallu une logistique militaire. Cinq porteurs, chargés comme des mulets avec 15 kilos de matériel chacun (émetteurs, batteries, câbles). L’ascension dure 30 heures. C’est un calvaire physique. L’équipe revient de loin : une première tentative en 1931, avec les légendes Alfred Couttet et Armand Charlet, avait échoué à cause d’une neige trop abondante. Cette fois, en 1932, Frison-Roche ouvre la voie et la cordée passe.

2. Le Choc Médiatique

En bas, dans la vallée et partout en France, on écoute habituellement de la musique ou des matchs de rugby. Soudain, le programme change. On entend le vent, le vide. Tandis que les techniciens s’activent en bas à Chamonix pour capter le signal, Frison-Roche décrit le panorama là-haut. Pour la France de l’entre-deux-guerres, c’est de la science-fiction. Chamonix, qui développe ses stations de ski, s’offre une publicité mondiale.

3. Le « Trésor Perdu »

Le plus tragique et le plus romanesque dans cette histoire ? Vous ne pourrez jamais l’écouter. Comme l’explique l’INA (Institut National de l’Audiovisuel), conserver le son n’était pas la priorité des techniciens de l’époque. L’enregistrement n’existe pas. Ce moment historique s’est envolé avec les ondes. Il ne survit aujourd’hui que grâce à la mémoire écrite et aux récits, notamment celui de Martine Charoy, la fille de l’explorateur.

Le Verdict HÉRITAGE : Roger Frison-Roche n’a pas seulement écrit sa légende avec de l’encre dans Premier de Cordée, il l’a d’abord écrite avec sa voix, perdue à jamais dans l’éther, un matin de juin 1932.

📚 Sources & Ressources :

  • Le Livre Témoignage : Sur les traces de mon père, l’album de souvenirs écrit par Martine Charoy (fille de Roger Frison-Roche).
  • L’Expertise Historique : Les travaux de Joëlle Dartigue-Paccalet, historienne de la vallée de Chamonix.
  • Le Contexte : Archives de l’INA sur l’histoire de la radio en montagne.

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